Quelle perspective pour notre centre-ville demain ? La ZAC Coeur de Bourg me direz-vous, et vous n’avez pas tort car une ZAC englobe toutes les prérogatives liées à l’urbanisme : logements, commerces, mobilités, équipements, etc… Malgré le bouleversement que la ZAC constituerait pour la ville avec ses 550 nouveaux logements, et bien un point semble manquer à l’appel. Ce point est celui qui lie tout un projet urbain, celui qui garantit le cadre de vie des futurs habitants et celui qui assure la résilience et l’écologie d’un territoire : nous parlons de l’environnement. Car oui, seule la végétalisation et la réalisation d’un cheminement piéton le long d’une craste ne suffirait sûrement pas à l’arrivée d’au moins 1100 nouveaux habitants. La ZAC nouvelle génération (entendre “au périmètre raccourci”) semble prendre la question au léger. Or, une telle opération d’aménagement, à large dominante immobilière (étant donné que les équipements comme Quérandeau et le nouveau centre associatif Joséphine Baker n’ont pas été financés dans le cadre de la ZAC…), ne peut se soustraire de la nécessité de proposer un espace de nature structurant pour contrebalancer ce qui changera drastiquement le faciès de la commune. Oui, on a du mal à s’imaginer aujourd’hui l’ampleur que cela aura. Toutefois, la ZAC est portée sur des terrains en friche ou anciennement bâtis. Il n’y a donc pas d’artificialisation des sols au sens comptable (vis-à-vis de la loi Climat et Résilience de 2021 avec le Zéro Artificialisation Nette « ZAN ») et ces terrains sont plus à-même à soutenir une telle opération d’aménagement car moins riches écologiquement parlant. Bien sûr, ce sera plus le bourg qu’on connaît mais il vaut mieux construire là, avec du logement social (pour répondre à la loi SRU de 2000 qui impose en gros aux communes de plus de 3500 habitants et en agglomération d’avoir sur leur territoire 25% de logements sociaux). Il faut d’ailleurs savoir qu’environ 2 français sur 3 sont éligibles au logement social, avec différents types de prêts selon les ressources des ménages bénéficiaires. Bref, il en faut mais là n’est pas tant le sujet. Par contre, urbanistiquement parlant, il est nécessaire de savoir comment faire (ou défaire) la ville durablement au regard de tous ces prismes et prendre conscience qu’un projet une fois lancé peut parfois impossibiliser un retour en arrière. Une bêtise d’un instant peut avoir des conséquences graves pour l’avenir à très-court et très-long terme d’un territoire…


A la genèse du projet de ZAC, le bois était inclus dans le périmètre de la ZAC comme en témoignent ces documents de 2019 (PADD et réunion publique PLU). L’écho que j’en ai eu est que c’était justement pour préserver ce poumon vert pour le rendre public en parallèle de la ZAC… En tous cas, le bailleur social de la ZAC Coeur de Bourg, Domofrance (à l’époque Clairsienne) avait bien basé sa communication de projet sur la présence de cet écrin boisé, photos à l’appui. C’est d’ailleurs à ces réunions de présentation que les habitants avaient eu peur du fait que ce soit inclus dans le périmètre de la ZAC car il pensait qu’il y serait construit. Sauf que les élus de la précédante mandature avaient simplement répondu que c’était volontairement mis dans le périmètre pour avoir la maîtrise foncière afin de préserver le bois en parallèle de la ZAC. Depuis, qu’est-ce qui a fait qu’il a été sorti ? Il y a plusieurs suppositions qui peuvent être faites : des choix en tous cas…
Une chose est sûre, il n’y a pas d’égal à ce bois dans le bourg. Dès lors, le condamner aux 3/4 serait une erreur dont on pourrait se rendre compte trop tard. Au-delà du fait que c’est une aberration écologique, ce genre de projet décridibilise la justesse que peuvent avoir les métiers des territoires : architectes, urbanistes, agents, élus. Il ne s’agit pas de rendre beau et de faire genre sur un terrain donné au travers d’une OAP. Certes, on pourrait croire qu’elle est bien faite cette OAP. Mais c’est en considérant la géographie et l’avenir de la ville que l’on comprend que ce projet est tout simplement anachronique. Comment est-ce possible de vouloir condamner le dernier bois d’un tissu urbain de plus de 7000 habitants (désolé pour cette approximation du nombre d’habitants dans le bourg) alors que toutes les autres communes ouvrent de nouveaux parcs et bois urbains avant que n’émerge l’idée que l’immobilier ne vienne s’y loger ?
C’est un projet contre la nature. Oui, je consens que les mots sont forts et il faut se rendre à l’évidence que Saint-Jean-d’Illac subit une énorme pression, ou plutôt, des énormes pressions. Démographiques, immobilières, écologiques et les trois sont liés. Il est maintenant nécessaire de reprendre les choses en main et ne pas se laisser dicter par un urbanisme trop permissif, d’ancien temps et trop tourné vers l’immobilier. Car oui, faire la ville ne se fait pas seulement par le logement et des opportunités venues. Même si un centre socio-médical accompagnerait le projet (pour abattre d’autant plus d’arbres), ce qui est d’autant plus social est de préserver ces espaces de nature qui constituent aussi des espaces de ressourcement et de rencontre où on s’y sent bien. Le jardin de la mairie, les plaines du Bigou et d’Omar Sahnoun n’ont pas ce caractère boisé et structurant. Pour une commune comme Saint-Jean-d’Illac et d’autant plus dans la perspective de la densité de la ZAC, ça ne suffit plus d’avoir des jardins de poche et des plaines où il ne s’y passe très souvent pas grand chose et où les gens qui y vont, s’y rendent parce qu’il n’y a pas mieux de proposé / de public. Alors que les bois urbains, eux, par le cadre qu’ils proposent ont bien plus qu’un effet positif sur la vie sociale d’une commune et sur la vitalité d’un bourg. Typiquement, le bois en question, grâce à son espace ouvert central, pourrait même accueillir de temps en temps des événements, des marchés, des brocantes, des réunions en extérieur, des guinguettes et bien d’autres choses… Avouez que le cadre pour cela serait idéal ? Et oui, c’est illacais 🙂
Si ce bois était déjà public, je peux vous assurer que personne n’aurait oser y projetter un quelconque projet immobilier car comme la nature, les habitants y auraient développer une attache. Même en étant privé, nous sommes nombreux à être attachés à ce dernier tant il est magnifique. Sans ces espaces de nature structurants, on ferait croître toujours et encore l’effet dortoir que l’on reconnaît à la commune. Avec des citoyens qui continuent à dévisager leurs voisins plutôt que de les envisager.
Pour en revenir au centre socio-médical qui est une bonne idée et bien je vais vous donner une deuxième bonne idée : ne pas le faire sur le bois mais envisager d’autres terrains fonciers pour : pourquoi pas Omar Sahnoun ou bien aux Badines, toutes deux des zones destinées au PLU pour les équipements publics. Zones qui peuvent réglementairement aussi accueillir du logement car il est aussi essentiel d’envisager dans les justes mesures et équilibres de la mixité fonctionnelle pour nos villes.
La question foncière est à l’origine de tout ce qui fait nos villes. Le foncier est le socle de tout. Aujourd’hui, nous devons changer de cap et arrêter de continuer vers ce qui ne marche plus ou ce qui tue nos territoires. Nous devons appréhender différement le foncier. Le PLU, tout comme les autres documents de planification, ont le devoir de lui donner de l’intelligence au regard des enjeux urbanistiques et environnementaux…
